Le CochonparBernard Prost~~~~ Méprisé de son vivant, apprécié seulement après sa mort, - à l'inverse de beaucoup de prétendus grands hommes, - le Cochon est un des nombreux exemples de l'ingratitude humaine.Ce déshérité, ce paria, ce martyr subit stoïquement, depuis des milliers d'années, le sort réservé, dans toute civilisation, aux humbles, aux faibles, aux innocents, aux malheureux.Son nom même, nom étrange dont l'étymologie a dérouté jusqu'ici l'érudition des philologues, son nom a été longtemps un opprobre. La Fontaine a osé le prononcer dans une de ses fables ; mais le cas est unique. Au siècle dernier, quand florissait la littérature bâtarde de l'école dite descriptive, poètes et prosateurs avaient recours à toutes les ressources de la périphrase pour esquiver ce mot honni. On connaît la définition imagée de Florian : "L'animal au duvet soyeux, qui se nourrit des fruits du chêne." J'aime mieux, en fait d'euphémismes, l'alexandrin de Mme d'Houdetot :Ces bons rois fainéants, tout habillés de soie.Car tout est bon en toi : chair, graisse, muscle, tripe !On t'aime galantine, on t'adore boudin,Ton pied, dont une sainte a consacré le type,Empruntant son arome au sol périgourdin. Eût réconcilié Socrate avec Xanthippe.Ton filet, qu'embellit le cornichon badin,Forme le déjeuner de l'humble citadin ;Et tu passes avant l'Oie au frère Philippe. Mérites précieux et de tous reconnus !Morceaux marqués d'avance, innombrables, charnus !Philosophe indolent, qui mange et que l'on mange ! Comme, dans notre orgueil, nous sommes bien venusA vouloir, n'est-ce pas, le reprocher ta fange ?Adorable Cochon ! Animal Roi ! - Cher Ange !